• C'est plus fort que moi!


    La Vie antérieure

     

    J'ai longtemps habité sous de vastes portiques

    Que les soleils marins teignaient de mille feux,

    Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,

    Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

     

    Les houles, en roulant les images des cieux,

    Mêlaient d'une façon solennelle et mystique

    Les tout-puissants accords de leur riche musique

    Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

     

    C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,

    Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs

    Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

     

    Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,

    Et dont l'unique soin était d'approfondir

    Le secret douloureux qui me faisait languir.

    L'Idéal

    Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,

    Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,

    Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,

    Qui sauront satisfaire un coeur comme le mien.

     

    Je laisse à Gavarni, poète des chloroses,

    Son troupeau gazouillant de beautés d'hôpital,

    Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses

    Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal.

     

    Ce qu'il faut à ce coeur profond comme un abîme,

    C'est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,

    Rêve d'Eschyle éclos au climat des autans ;

     

    Ou bien toi, grande Nuit, fille de Michel-Ange,

    Qui tors paisiblement dans une pose étrange

    Tes appas façonnés aux bouches des Titans

    CHARLES BAUDELAIRE.


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